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Association Française Janusz Korczak (AFJK)

L'organisation du travail à Nasz Dom
(Notre Maison)

On assimile souvent Janusz Korczak et sa République des enfants au mythe de l’Enfant-roi, un enfant tout-puissant par nature opposé à des adultes inexistants et dévalorisés. Comme beaucoup de représentations de l’enfance, il ne s'agit là que d'une idée fausse : les anciens pupilles de Korczak sont unanimes à décrire la grande discipline qui régnait à l’intérieur de leur établissement. L'autre point qui fait l’unanimité est la joie et l’effervescence qui y régnait.

Chez Korczak, la république était la représentation la plus aboutie de l’autorité et donc de l’ordre social qu'elle autorisait. Dans ses deux établissements (d'une centaine d'enfants de 7 à 14 ans), la discipline était fondée non pas sur l’arbitraire, sur les petits pouvoirs et sur les interprétations subjectives des plus grands (adultes compris), mais sur des règles et des lois discutées et approuvées par tous, mises à l’essai, évolutives, qui étaient appliquées de la même manière à tout le monde, du dernier petit sauvageon à l’élite des enfants, en passant par le personnel de service et le directeur.

La vie collective était tout entière organisée de façon démocratique et égalitaire. Le travail et la citoyenneté étaient à l’honneur. En plus de cela, il y avait un tribunal, sur place, cogéré par les enfants, qui faisait appliquer la loi et sur qui chacun, à tout moment, savait pouvoir compter, pour porter plainte ou rendre des comptes en cas d'incartades.

Ainsi chez Korczak, la république formait ses enfants tout autant que les enfants découvraient et s'appropriaient la démocratie, au moment où, rappelons-le, le pays tout entier pouvait croire en cette liberté retrouvée, ayant retrouvé son indépendance après cent cinquante ans d'occupation étrangère.

[…] Toutes les tâches permanentes [d’entretien de l’établissement] sont intégrées dans les services.

Il y a plus de deux fois autant de services que d’enfants, et à côté de cela certains services sont assurés par plusieurs enfants à la fois.

Chacun se choisit lui-même ses services, pour une période d’un mois. Les enfants remplissent des fiches. Il arrive que plusieurs candidatures se présentent pour un seul et même service. La priorité revient à celui qui assurait ce service le mois précédent et qui l’assurait bien.

Il arrive qu’un service ne soit pas pris, qu’il n’ait pas eu de candidat. Dans ce cas, à la réunion générale, des négociations ont lieu au moment où est donnée lecture des services déjà pris, des personnes qui en ont déjà un et de celles qui n’en ont pas encore. Sur la base d’une entente, d’un accord, on met à jour la liste des services et des inscrits. […]

Les services sont évalués. On a convenu que l’unité de travail était d’une demi-heure. Certains services valent une unité (soit 30 mensuellement), d’autres une demi-unité (15 mensuellement) ou 2 unités (60 mensuellement).

 

La valeur des services est fixée par le Conseil d’autogestion, régulièrement réévaluée et mise à jour.

— Les négligences dans l’accomplissement des services ou les oublis, s’ils prennent un tour chronique, sont inscrits par l’éducateur sur la liste des « affaires » [c.-à-d. des plaintes examinées et jugées par le Tribunal des enfants, chaque semaine] ; en outre, en cas de laisser-aller par trop excessif, en sus de l’affaire, l’éducateur adresse au Tribunal une requête en suspension du service.

 

En vertu d’une résolution particulière et « fondamentale » du Conseil d’autogestion, selon le niveau de sanction de Tribunal (le montant de l'article attribué : 100, 200) l’intéressé peut-être du service choisi jusqu’à la fin du mois.

— Si les négligences ont un caractère accidentel, elles sont inscrites sur la liste des « menues infractions » (qui évitent à l’intéressé une intervention immédiate et personnelle).

 

Indépendamment de cela, chaque jour à la réunion du soir, les enfants sont interrogés.

— « Qui n’a pas assuré son service ou l’a mal assuré ? ». On prend note des réponses. Les enfants se servent de ces notes à la fin du mois quand on comptabilise les unités de travail de chacun.

 

Pour négligence dans le travail, pour oubli, chacun se déduit à lui-même un certain nombre d’unités de travail : il tient compte de ses éventuels manques d’application, qui relèvent des « petites fautes » ; il se réfère à sa propre mémoire qu’il peut contrôler en passant en revue les notes des journées du mois écoulé. »

Maria Falska,1928
trad. Jacek Rzewuski © Ass. Frse J. Korczak.

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Source

Extrait de : Rogowska-Falska Maria, Zakład Wychowawczy « Nasz Dom ». Szkic informacyjny, Warszawa, Nakładem [édité par] Towarzystwa « Nasz Dom », 1928, 100 p. ; réédité dans Falska, Maria : Nasz Dom, zrozumieć porozumieć się poznać, textes réunis et introduits par Marta Ciesielska et Barbara Puszkin, Korczakianum, avec cahier photo XXIV p., EZOP, coll. « Tematy Ludzie dokumenty », Warszawa, 2007, 402 p., avec 1 ill. (couverture) p. XIX, ISBN 978-83-88477-64-5.

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Pour citer cet article

Falska, Maria : « L'organisation du travail à Nasz Dom (Notre Maison) » (1928), [extrait de :] Notre Maison, trad. Jacek Rzewuski (2000), inédit Association Frse J. Korczak, [en ligne sur korczak.fr]

http://korczak.fr | http://roi-mathias.fr © Ass. Frse J. Korczak (AFJK), Paris
(Page créée le 20/06/2002 - Révisée le 28/08/09)