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Association Française Janusz Korczak (AFJK)

Le (dit) tribunal des enfants
de Janusz Korczak

De nos jours encore, de nombreux corps de métier ou institutions possèdent leur propre système de Justice pour gérer les conflits internes. L'idée est que ce sont les « pairs » du fautif, ses camarades et ses collègues, qui sont les premiers concernés et les plus capables d'évaluer avec précision la réalité et la gravité ou non de la faute commise, sachant que les limites du système sont les délits et crimes relevant des atteintes aux lois en vigueur.

L’originalité de Korczak est d'avoir réussi à adapter à la pédagogie ce dispositif autogestionnaire élaboré, démocratique et particulièrement respectueux de la dignité de chacun. Son initiative a rencontré un grand succès et a parfaitement bien fonctionné pendant trente ans.

Le tribunal des enfants a autorégulé la discipline dans les deux orphelinats historiques de Janusz Korczak pendant trente ans, de 1912 à 1942. Institué pour gérer les conflits à l’intérieur des orphelinats, il avait en réalité beaucoup d'autres avantages. Avec le Parlement des enfants, c'était l'un des dispositif éducatifs korczakiens centraux. On l’appelait aussi le Tribunal des pairs.

Le moyen employé par Korczak pour parvenir à ses fins a été la mise au point inspirée et minutieuse de son célèbre Code, rédigé alors qu'il était médecin militaire dans les tranchées de la guerre 1914-1918. L'enjeu était d'importance : son code devait être à la fois très simple et compréhensible pour permettre à des enfants de dix ans de se l’approprier très facilement ; et suffisamment délicat et sophistiqué dans ses jugements pour prendre acte sans condamner, pour sanctionner sans rejeter, pour protéger les plus faibles et permettre à tous d'évoluer.

Grâce au Code, le tribunal des enfants pouvait rendre justice aux enfants en prenant en compte la moindre blessure ou le moindre conflit ayant entraîné une plainte. Il pouvait aussi leur permettre de faire l’expérience d'être tour à tour juge et victime, plaignant ou fautif. Pour leur part, les professionnels, éducateurs et enseignants, héritaient en même temps d'un dispositif pédagogique exemplaire sur le plan de l’auto-éducation et de l’éducation à la citoyenneté.

Comprenant mille articles pour faire très sérieux (en réalité quelques dizaines seulement), tous parfaitement adaptés tant dans leur formulation que par leur valeur exprimée en chiffres à la sensibilité des enfants et des jeunes (cf. par exemple les articles 94, 95, 96), le Code du tribunal des enfants de Korczak restera dans l’histoire de l’éducation comme un monument de tolérance et d'humanité.

 

 

Comment fonctionnait le tribunal ?

La Cour était réélue chaque semaine. Elle était composée de cinq juges enfants tirés au sort parmi ceux qui n'avaient eu aucune affaire la semaine précédente (c'est-à-dire dont personne ne s'était plaint et qui n'avaient pas eux-mêmes eu à se plaindre).

Un seul adulte y siégeait  : c'était un éducateur qui ne devait pas prendre parti dans le choix du jugement. Il jouait seulement le rôle du greffier. C'est lui qui avait recueilli les plaintes chaque soir de la semaine et qui avait entendu et noté les témoignages des différentes parties en conflit dans le Cahier du tribunal.

Sauf en de très rares exceptions, la Cour se réunissait à huis clos (c'est-à-dire porte fermée). Les enfants connaissant très bien leurs camarades, leurs faiblesses comme leurs vécus, il leur était facile, à l’écoute des faits décrits par l’éducateur, de se faire leur opinion et de se mettre d'accord sur un jugement en se référant au Code. Il leur suffisait de choisir un article à appliquer, sachant que l’importance de son numéro était aussi une indication précise de la gravité de la faute. Dans ces conditions, la cour pouvait juger très rapidement les affaires en cours. Le traitement d'une cinquantaine d'affaires demandait une heure ou deux.

Quand il y avait plus de cinquante affaires à traiter, on élisait d'autres Cours, autant que nécessaires. Quand tout allait bien dans l’institution, que ce soit à la Maison des orphelins (Dom Sierot) ou à Notre maison (L’Institut Nasz Dom), il y avait environ cinquante affaires par semaine pour cent enfants. Quand la maison allait mal, il pouvait y en avoir jusqu'à cinq fois plus ! On élisait alors cinq fois cinq juges.

Dans le texte du code, « X » désigne l’enfant mis en examen : celui contre qui une plainte a été déposée et « Y » le plaignant, la victime. Les numéros des Articles distribués sont autant de mauvais points dont le nombre cumulé alimentait chaque semaine, avec ses autres résultats (services rendus, notes de l’école, etc.) la courbe de l’évolution de chaque enfant. Cette courbe constituait un critère objectif, connu de tous, qui servait de référence pour le suivi des enfants dans l’institution.

B. Lathuillère.
1re publication dans « Les dispositifs éducatifs de Janusz Korczak »,
coédition AFJK-Ministère de l’Éducation nationale, Paris 2000.

http://korczak.fr | http://roi-mathias.fr © Ass. Frse J. Korczak (AFJK), Paris
(Page créée 22 février 2002, révisé le 5/04/2004)