L’expérience de l’ « R jeune »
par l’Association Belge des Amis du Docteur Janusz KORCZAK
Par Alain Santerre et Éric Pierrard
Responsables de l’Association
Janusz KORCZAK belge

 

Ce bilan a été présenté au cours de la réunion d'évaluation organisée le 21 mai 2003 à Bruxelles par l’asbl Culture et Démocratie et le Théâtre du Rideau avec l’ensemble des partenaires impliqués dans les deux créations du Rideau sur Korczak au mois de février 2003, puis au colloque « Korczak et la réforme de l’éducation », le 26 juin 2003 à l’Université Paris 8 Saint-Denis (AFJK/Département des Sciences de l’éducation). — Liste des documents annexes disponibles :

 

 

Créée le 21/01/1999, l’association belge des amis du Docteur J. Korczak a offert, en 2002-2003, aux enfants et adolescents un espace d’écriture dans un hebdomadaire tiré à 15 000 exemplaires et ce, sur le modèle de la « La Petite revue » de Korczak.

L’« R Jeune » est son nom. Celui-ci peut-être décliné sous bien des modalités : l’ère jeune, l’air jeune, l’aire jeune etc… L’hebdomadaire porteur s’appelle « Le Journal du Mardi ».

Le « Journal du mardi » a plutôt une place atypique dans l’éventail belge de la presse francophone. Il est réalisé par une petite équipe ce qui en fait un journal d’artisans qui ne pratiquent pas la langue de bois. Ce journal reçoit effectivement une aide à la presse de l’état sans laquelle il ne pourrait subsister. Il ne prône aucune obédience politique en terme de parti. Ses créateurs sont en fin de compte des francs-tireurs, eux aussi…

L’intérêt concernant notre initiative a été immédiat pour cette équipe. L’esprit de notre mission s’accordait effectivement au leur. Même si, chaque numéro de l’ « R jeune » devait être entièrement supporté par notre a.s.b.l. (prix, logistique…) nous avons décidé de mener ce projet d’essai avec eux tout en sachant que nous nous engagions à la réalisation d’un projet que nous ne pourrions pas tenir dans la durée tant pour des motifs financiers qu’humains.

La finalité de ce projet sera de permettre à l’enfant et à l’adolescent d’exprimer sa propre vision du monde pour que celle-ci soit lue par des enfants mais aussi des adultes.

Ce qui pourrait peut-être permettre aux adultes de mieux comprendre ce que pensent et vivent les enfants…

 

Premier appel

En novembre 2002, on peut lire en page de couverture du Journal du Mardi un appel à la participation. Ce numéro du Journal du Mardi est envoyé à plus de 1 988 écoles, 148 associations, 138 bibliothèques. Voici l’appel en question :
« Si tu veux écrire dans un vrai journal, raconter une histoire qui t’est réellement arrivée et qui t’a touché, donner ton avis sur l’amitié, les difficultés, l’amour, l’injustice, l’argent, les événements du monde, ce qui te rend joyeux, les activités que tu aimes ou n’aimes pas, ce qui te rend triste, l’actualité, etc., bref, t’exprimer sur tout ce que tu penses et que tu vis…
Alors,
Écris-nous ton texte. Il sera lu par le comité de rédaction qui t’enverra des nouvelles concernant sa publication.
Si tu veux t’engager dans la réalisation de ce journal et participer ainsi au comité de rédaction ; alors écris-nous ton envie de faire partie du comité de rédaction. »

Nous avons amplement profité de l’événement KORCZAK du Théâtre du Rideau de Bruxelles qui nous ont accueillis comme de véritables partenaires de projet. Ainsi, l’exposition organisée par le théâtre [1] pour illustrer les moments théâtraux comprenait une information concernant l’ « R Jeune » ainsi qu’une affiche présentant l’association.

 

Modalités de fonctionnement du comité de rédaction

Le comité de rédaction sera composé d’un nombre total de 17 enfants et adolescents, ainsi que de adultes.

Ils se retrouvent tous les samedis dans les bureaux du « Journal du mardi » de 10 heures à 12 heures pour préparer le numéro sortant 10 jours après la réunion.

Pratiquement, chaque réunion réunit 4 à 5 enfants et ados ainsi que 3 adultes soit une petite dizaine de membres, car il est évident que tous ne sont pas disponibles chaque semaine.

Les fonctions sont tournantes et sont dévolues pour chaque réunion, soit : un président, un secrétaire, un logisticien, un éditorialiste… Nous y discutons de la mise en page, du choix des articles, du thème de l’éditorial, du choix des illustrations… mais aussi de tout ce qui est relatif à un journal écrit et réalisé par des enfants. (Ex. : Quel sera le nom du journal ? Y inclura-t-on les âges des auteurs ? Y présente-t-on des articles signés par le patronyme de l’auteur alors que le thème de l’article relève d’un drame familial ?).

Nous y inviterons le rédacteur en chef du J.D.M. ainsi qu’une étudiante en psychologie intéressée par notre projet pour la rédaction de son mémoire.…

Une pause est prévue à 11 heures afin de rendre le travail moins fastidieux pour les enfants qui attendent ce moment pour boire, grignoter et s’exprimer moins officiellement à propos de leur quotidien.

Articles et auteurs…

Notre période d’essai de deux mois nous a permis de tirer 10 numéros soit 38 pages d’écrits de jeunes et deux pages réservées à la publicité. Ces 38 pages regroupent 108 articles et 14 illustrations de 155 auteurs (certains articles sont écrits en couple voire en triolet).

La toute grande majorité des écrits envoyés ont été publiés.

 

Thèmes abordés par ordre de fréquence

La guerre, le sens de la vie, la violence, la pollution, l’école, la T.V. réalité, la drogue et le tabac, les enfants soldats, la justice, le racisme, la nature, l’amour, l’argent, la mort, le carnaval, les armes aux U.S.A., l’eau, la ferme, la mode, la pub, l’homosexualité, les sans-abri, l’euthanasie, les psys, le divorce, Le roi Mathias 1er, et enfin des textes plus descriptifs sur la visite de pays et le rapport aux animaux.

 

Participation

Sur les 155 jeunes auteurs, 26 ont pris leur plume de leur propre initiative, c’est-à-dire sans le soutien d’un encadrement. Les autres ont été encouragés à écrire par le biais de écoles primaires d’enseignement ordinaire, de hôpitaux, d’une école d’enseignement spécial secondaire, d’une école d’enseignement secondaire ordinaire, d’une école des devoirs, d’une association de loisirs, d’une association promouvant la poésie enfantine, d’une association Korczak, d’une institution d’hébergement pour jeunes, d’un théâtre : 1 350 élèves ont participé à l’article édité dans le numéro 10 grâce à la collaboration du théâtre du Rideau de Bruxelles « Nos souhaits pour changer le monde… ».

Notre initiative a été relayée dans deux revues de presse Radio, lors de deux émissions de TV communautaires, ainsi que lors de deux émissions à radio nationale.

 

Et… l’évaluation

Cette « relance » à présent en phase d’arrêt transitoire demande une évaluation que nous réaliserons de manière large et avec de nouveaux partenaires…Nous avons pris des contacts avec d’autres associations suscitant l’écrit d’enfants, car, cette phase d’essai nous a appris que nous devions élargir notre « organisation » afin d’inscrire notre projet dans le long terme.

Compte tenu de la faiblesse de nos moyens humains et financiers, nous dressons néanmoins un bilan positif et pourtant bien des questions se posent à nous…

  • Convient-il de poursuivre la démarche sur un support papier ou via internet ?
  • L’écrit est-il la forme d’expression la plus appropriée pour mener à bien notre objectif ?
  • Dans notre société de l’image, l’écrit lui-même est-il encore assez porteur pour l’expression de l’enfant ?
  • Convient-il de poursuivre avec notre premier « partenaire porteur » qui publie somme toute de manière intime ?
  • Ne convient-il pas de proposer notre initiative à un ou des partenaires spécialisés dans la presse ou d’autres médias audiovisuels pour jeunes ?
  • Un subside de l’état paraît-il incontournable pour pérenniser le projet ?
  • Etc.

 

En ce qui concerne la participation : le bilan nous paraît très clair… Seul l’appel à participation « de visu » est productif ; en effet, seuls les contacts personnalisés ont remporté quelques adhésions, articles, engagements, intérêts…

Il apparaît donc, avec acuité, l’obligation d’élargir notre panel de collaborateurs tant ces contacts et autres relations publiques prennent énergie, temps ; bref, de moyens humains…

L’« R Jeune » doit-il se professionnaliser pour s’ouvrir sur le monde ?

Comment Janusz KORCZAK aurait-il répondu à ces questions d’actualité ?

Alain SANTERRE et Éric PIERRARD
Respectivement Président et Vice-Président de l’asbl belge des Amis du Docteur Janusz KORCZAK
Bruxelles, le 3 juin 2003.

 

 

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Notes

[1]Il s'agissait de la nouvelle exposition sur Janusz Korczak de notre association installée dans le hall du Théâtre du Rideau tout le temps des représentations. Nous avions détourné le panneau consacré à l’histoire vraie de « La petite revue » (« Maly Przeglad »).

http://korczak.fr | http://roi-mathias.fr © Ass. Frse J. Korczak (AFJK), Paris
20 août 2003