l’expérience de l’R jeune en Belgique,
idées et questions en débat
Par les observateurs de l’AFJK

 

 

À l’Association Janusz Korczak française, nous avons été désolés d’apprendre la fin prématurée de la parution de « l’R’jeune » annoncée dès le 8 avril au lieu du 3 juin.

Sortir régulièrement ce journal a représenté pour vous tous un gros effort. C’était beaucoup de travail et l’idée était riche.

Nous nous sommes réjouis de pouvoir lire enfin un vrai journal d’enfants non prérédigé et prédigéré par des adultes comme tous ces ersatz dont sont assaillis les enfants d’aujourd’hui. Nous avons soutenu votre initiative, en la relayant et en la suivant, même si nous n’avons pas pu le faire financièrement, et nous exprimons ici nos plus vifs regrets aux Comité de rédaction.

Une si bonne idée et une telle dynamique ne peuvent et ne doivent pas être abandonnées.

Nous vous encourageons au contraire à la développer. Nous pensons qu’il serait très utile que tous les numéros réalisés soient mis en ligne sur le site de l’association belge et que vous l’annonciez aux lecteurs du Journal du Mardi et aux écoles (avant qu’ils ne vous oublient).

La poursuite de la création en ligne uniquement nécessitera un temps de réflexion et d’adaptation que les jeunes lecteurs pourront certainement comprendre. Si on prend l’exemple des forums sur Internet, il existe de nombreux modèles qui pourraient peut-être convenir. En fait on peut espérer que la transmutation en ligne pourrait se faire sans frais. Logiquement, la gestion par le Comité de rédaction des nouveaux articles postés par les enfants par e-mail et directement sur le site devrait aussi en être très facilitée. (Notez qu’au besoin, notre association pourrait sans doute vous apporter son concours sur le plan technique).

Pour être complet, sachez que de notre point de vue, deux ou trois points du projet posent question et nous semblent faire débat.

 

Nous vous les soumettons ici, en vous invitant à y répondre pour nous apporter votre éclairage. Quelles sont ces questions ?

  1. Le modèle économique choisi. Ce modèle semblait reposer exclusivement sur l’appel aux dons (ce qui signifie qu’il était bridé au départ), mais surtout il avait semble-t-il exclu l’implication réelle et financière du journal hôte. Ceci était à l’opposé de ce qu’avait obtenu Janusz Korczak du directeur de « Przeglad » qui ristournait à « Maly Przeglad » (MP) une partie du produit supplémentaire de ses ventes une fois acquit que les parents l’achetaient pour leurs enfants. Ce budget permettait à Korczak de rémunérer ses 2 000 correspondants de presse (1 zloty/centime par article publié) et de récompenser les meilleurs d’entre eux à des sorties culturelles dans la capitale.
  2. L’orientation pro-adulte du projet. Au cours de la conférence de presse que vous avez donnée au Théâtre du Rideau, le 8 janvier dernier. Éric Pierrard avait présenté le projet de revue des enfants comme un moyen d’informer les adultes et les parents sur le vécu et sur les opinions des jeunes. Il nous semble que cette présentation contredit et dénature un peu l’idée originale de Janusz Korczak. Outre la réclamation du jeune Henryk qui porte précisément sur ce point, dans sa lettre au Comité de rédaction de MP en 1929 (cf. hypertexte), ce qui nous paraît innovant, c’est précisément de créer un journal « des enfants et de la jeunesse » à destination des enfants et de la jeunesse. Tant mieux si les adultes s’y reportent et bien sûr que les pédagogues ne pouvaient que saluer un tel encouragement à l’écriture, mais l’objectif prioritaire de Janusz Korczak semblait être d’offrir un moyen d’expression moderne et intégrationniste au peuple des enfants jusque-là muré dans sa solitude et son silence, sur le plan personnel, social et politique.
  3. Une troisième observation porte sur le support retenu, le journal hôte : si on cherche à toucher tous les enfants, on se doute qu’un support trop marqué politiquement et culturellement risque d’exclure une partie de la population enfantine, (malheureusement) souvent dépendante des choix idéologiques et religieux de ses parents. N'aurait-il pas fallu pouvoir trouver un support plus consensuel, plus neutre, plus indiscutable. ?

 

Sur un autre plan, certaines questions surgies concernaient plus précisément le Comité de rédaction. Par exemple, certains (de nos membres) ont dit qu’il était parfois gênant de ne pas pouvoir connaître l’âge et l’origine géographique du rédacteur, trop d’articles n’étant signé que du seul prénom de son auteur. Je suppose que la réception des articles par e-mail ne devait pas faciliter cette présentation. Qu’en était-il des consignes données ? Une autre amélioration suggérée était de pouvoir encourager la constitution d’équipes de reportages capables d’aller chercher des informations pour le journal, à la demande des lecteurs. Des liens pouvant être créés avec des Comités de rédactions de journaux scolaires et des clubs d’enfants de toutes sortes. Etc, etc,

Encouragements, idées et questions ne manquent pas… C'est au moins l’un des mérites de l’initiative !

Pour l’AFJK,
Paris, le 6 avril 2003.
http://korczak.fr | http://roi-mathias.fr © Ass. Frse J. Korczak (AFJK), Paris
20/04/2004 - Revu le : 26/04/04