Association Française Janusz Korczak (AFJK)
Les Maisons de l'adolescent
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Présentation - Bon à savoir
Documentation et liens

 

La première Maison des adolescents de Paris, la Maison de Solenn, a ouvert ses portes le 6 décembre 2004, dans l’enceinte de l’Hôpital Cochin à Paris sous la direction de Marcel Rufo, pédopsychiatre de renom.
L'Association Korczak française salue cette inauguration comme celle des établissements similaires, comme un grand pas en avant dans le respect des droits de l'enfant en France et dans la reconnaissance par le monde des adultes des besoins réels de la jeunesse.
En effet, s'il existe déjà une dizaine de « Maisons des adolescents » dans notre pays, il s'agit d'un mouvement très récent de prise de conscience de la réalité spécifique des besoins réels des jeunes aujourd'hui, qui arrivent avec toute leur richesse et toutes leurs difficultés à traverser cette période difficile de la vie.
La création par Janusz Korczak de sa « Maison des orphelins » en 1912 ou l'installation de « Notre Maison » dans ses nouveaux locaux à Bielany en 1919 procédaient de la même façon d'une volonté de rupture en instituant un mode radicalement nouveau d’accueil des enfants en difficulté, les enfants de la misère et de la rue.
Félicitations à toutes les équipes de soignants et d'éducateurs impliqués dans le fonctionnement de ces nouveaux établissements, car leur mission collective d'accueil, d'écoute et de soutien peut avoir l'étoffe d'un véritable projet korczakien.

 

 

 

Le concept

C’est un fait, les 13-18 ans n'ont encore jamais été vraiment reconnus dans leur spécificité, jusqu'à très récemment. Les adolescents en demande de soins médicaux ou psychologiques sont toujours dirigés soit en pédiatrie, soit dans les services des adultes ou des personnes âgées. À Paris Intra-muros le service de psychiatrie de l'adolescent créé par le Dr Hubert Flavigny aujourd'hui dirigé par le professeur Philippe Jeammet, s'il est en pratique réservé aux anorexiques est encore l’un des rares services de soins réellement adapté à cette classe d'âge.

Pourtant, chaque année, près de 50 000 jeunes font une tentative de suicide et 800 en meurent. Il a fallu très longtemps mais peu à peu s'est fait jour une prise de conscience nationale d'une meilleure connaissance et compréhension de la spécificité de l'ensemble des besoins et des difficultés des adolescents. Les psychiatres, pédopsychiatres et pédiatres et les associations se sont alarmés et le gouvernement s'est finalement mobilisé, ou plutôt la présidence de la République. Ayant remarqué cette carence, le président Jacques Chirac a jugé utile d'en faire une des priorités de son action sociale (c'est-à-dire politique…). C'est ainsi qu'il s'était engagé, il y a peu, à créer une « Maison de l'adolescent » dans chaque département. Au moins l'impulsion a-t-elle été donnée. Reste à savoir ce qu'on entend par là (cf. notre sélection d'articles).

 

Le projet parisien

La création de la Maison de l'adolescent à Paris est une innovation salutaire pour cette ville qui ne disposait que d'un seul service hospitalier réellement adapté à l'accueil des jeunes, celui de l'Institut Montsouris évoqué ci-dessus. On regrettera toutefois que le projet n'ait pas été porté par la Mairie de Paris, dont il était pourtant de la responsabilité, pour les raisons politiques évoquées plus haut.

Comment Marcel Rufo présente-t-il son établissement ? « Elle reprend l'ensemble des vœux de la profession » : un Espace Santé semblable aux Espaces Santé Jeunes qui de plusieurs villes de France comme à Salon-de-Provence, l'hospitalisation en médecine de l'adolescent, sur le modèle du service du Dr Alvin (remplaçant du Pr Courtecuisse) à Kremlin-Bicêtre, l'hospitalisation en psychiatrie, sur le modèle de son « Espace Arthur » à Marseille. À quoi s'ajoute à Cochin un service original de sa création, celui des soins culturels avec artistes et expositions, un jardin, un étage de consultations interdisciplinaires comme au Havre, une Unité de recherche de l'INSERM.

Sur la spécificité de l'adolescence. « Nous sommes, en effet, très probablement à un tournant dans le regard que nous portons sur les adolescents. Nous savons maintenant qu'il leur faut des lieux spécifiques […] Le problème est aussi que les adultes ont du mal à accepter de travailler avec eux. On rejoint là […] les difficultés auxquelles sont confrontés les enseignants face au changement radical que constitue l'adolescence, face à la désillusion de la pensée magique de l'enfance. […]. Jusqu'à présent, la société voyait plutôt les adolescents comme des sauvageons. Maintenant, on est en train de jouer avec eux, dans le respect de cette période difficile mais passionnante. »

La parentalité doit encore évoluer. « On n'est pas parent d'un adolescent comme on est parent d'un bébé. Demander à un adolescent : "Parle-moi" ou "Tu as des problèmes ?" n'a pas de sens. À un ado, il faut dire : "Voilà ma position, voilà ce que je pense. Toi, tu penses différemment". Il faut être plus radical qu'avec un enfant. Il faut dire : "Je décide". Ce n'est pas de l'autorité. Les ados se repèrent par la confrontation, aussi les adultes doivent-ils être suffisamment responsables pour dire ce qu'ils pensent. Ils ne doivent pas être démagogues, séducteurs, paternalistes ».

Aujourd'hui, nous nous félicitons de voir autant de compétences réunies en un lieu adapté à l'écoute des jeunes et nous souhaitons à cette nouvelle équipe le plein succès de sa démarche et de ses projets.

Bernard Lathuillère, novembre 2004,
Remerciements à Anne Terrier dont les citations de l'interview de Marcel Rufo
sur le site du Défenseur des enfants ont nourri cette présentation.

 

Bon à savoir : ouverture limitée…

L'établissement est fermé le samedi et le dimanche
  • Il manque encore à Paris (et ailleurs !) un accueil Jour/Nuit/Week-end pour les adolescents en crise. L'indisponibilité des équipes (écoutants, soignants) pour les situations d'urgence est le grand point faible de cette structure comme de beaucoup d'autres. À l'opposé des besoins de l'accueil en situation de crise ou d'urgence, réelle ou supposée mais toujours vécue dans une grande angoisse.
  • Pour les enfants et les adolescents, c'est pourtant dans ces moments de désarroi et de souffrance aiguë qu'il faudrait pouvoir trouver quelqu'un à qui parler. Ces moments sont aussi pour les soignants l'occasion de rencontres souvent plus fécondes et productives en termes de soins, du fait de l'importante mobilisation psychologique (psychique) du jeune concerné et de son entourage.
  • Faute de mieux, l'accueil d'urgence des enfants et des jeunes est assumé par les services d'urgences des hôpitaux de médecine générale, des hôpitaux pour enfants et des précieux centres d'accueils et de crise de psychiatrie dont l'existence continue d'être menacée. En général, ces lieux ne sont ni adaptés, ni préparés à écouter et à éventuellement à accueillir les jeunes…
  • Il faut néanmoins absolument dire à ces jeunes en détresse qu'ils ne doivent pas hésiter à aller en solliciter les soignants (infirmiers, médecins, psychiatres compris) en cas de pulsions suicidaires ou de souffrances insupportables.
  • Adresse de la Maison de Solenn, le petit nom de la Maison des adolescents de Paris :
    97 boulevard de Port Royal, 75014 Paris (sur le terrain de l'Hôpital Cochin, près de la place Denfert Rochereau),
    Tél. 01 58 44 24 24 - Ouvert à tous avec ou sans rendez-vous, du lundi au vendredi.

 

Documentation

Interviews de Marcel Rufo
Articles et documents
Les autres Maisons des adolescents
  • La Maison de l'adolescent de Lille
  • La Maison de l'adolescent de Bordeaux
  • La Maison des adolescents de Bobigny, « La Casita » de l'Hôpital Avicenne, inaugurée le 20 octobre 2004
  • [30 mars 2006] Inauguration de la Maison des Adolescents de Besançon par Claire Brisset
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30/06/2004 - Revu le : 17/01/10