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1er juin 2006, Pologne - Compte rendu AFJK, Paris

Inauguration du monument
de Janusz Korczak à Varsovie

 

Le monument de Korczak à Varsovie

Le monument a été inauguré le 1er juin 2006 par le Président de la République polonaise, le Ministre de la Culture et du Patrimoine National, le Maire de la ville de Varsovie et de nombreuses autorités de la société civile devant une foule nombreuse. Le ministre français de la famille, Monsieur Philippe Bas, avait envoyé un message.

Une nouvelle statue de Janusz Korczak a été superbement érigée au cœur de la capitale polonaise, au pied du Palais de la Culture et la Science, à quelques pas de l’emplacement de son orphelinat du ghetto historique. L’ouvrage représente le Vieux docteur protégeant les enfants. Plus de soixante ans après sa mort[1], la ville de Varsovie rend enfin hommage au Vieux docteur — Le grand Ami des Enfants — et aux valeurs universelles qu’il incarne.

 

Description

Le monument est situé dans un joli coin de verdure, dans l’allée principale du grand parc du Palais de la Culture, devant une grande pièce d’eau. Il représente une sculpture de Janusz Korczak entouré d’enfants, au pied d’un arbre, sur une petite colline pavée évoquant les anciennes rues de Varsovie.

L’arbre évoque celui de la cour de la Maison de l’orphelin sur une célèbre photographie d’archives datée de 1934. Réalisé en granit, son tronc est en fait celui de deux immenses arbres morts réunis en un seul. Ces deux arbres symbolisent les deux traditions juive et polonaise. Leurs sept petites branches évoquent le traditionnel chandelier juif. Un rameau isolé, poussant droit vers le ciel sur la plus haute d’entre elle, symbolise l’espoir.

La sculpture en bronze représente un Janusz Korczak de grande taille réunissant sous son aile un groupe de six enfants d’âges divers, serrés contre lui. Au dos du monument, on découvre une source d’eau vive dans un petit bassin. De l’autre côté, sur le flanc de la colline, on peut voir un muret de briques de cuivre où sont gravés les noms de tous les donateurs.

Ce monument réalisé par deux artistes, Chmielewski et Wilma, suscite une impression générale positive et apaisante. Il semble s’intégrer parfaitement au lieu, aussi bien dans la nature du parc très fréquenté par les familles et les enfants, qu’aux buildings environnants de ce vaste quartier de béton construit sur les ruines du ghetto.

Un aspect toutefois peut interroger : à y regarder de plus près, on remarque que les enfants de Korczak ont des traits et des expressions d’adultes, comme sur les tableaux du Moyen-Âge. À travers les enfants, c’est bien toute l’Humanité que protège le Vieux docteur. Mais on pourra aussi y voir l’hommage rendu à l’enfance assassinée, en ce lieu précis de l’ancien ghetto.

Dans cet endroit paisible passait la rue Sliska, au numéro 9 de laquelle se trouvait l’immeuble abritant la « Maison des Orphelins » après son second déménagement dans le ghetto. Le 6 août 1942, c’est d’ici que le docteur Janusz Korczak, son équipe et ses deux cents enfants ont été emmenés à pied vers l’Umschlagplatz pour être déportés et assassinés au camp de Treblinka.

 

Une inauguration très réussie

Discours du Président Polonais pour l'inauguaration du monument de Janusz Korczak à Varsovie, - 1er juin 2006

Le monument a été inauguré par une belle journée ensoleillée, le jour de la Journée nationale de l'Enfant[2], par le Président de la République polonaise Lech Kaczynski (ci-contre), le Maire de la ville de Varsovie Miroslaw Kochalski, la Présidente de l’Association Korczak Polonaise Jadwiga Binczycka, la Présidente de la Fondation Shalom Golda Tencer, le Ministre de la Culture et autres personnalités. La foule était dense et comprenait de nombreuses délégations d’enfants venues de tous les établissements scolaires et orphelinats portant le nom de Korczak en Pologne.

Le discours du Président Kaczynski, très attendu, a été apprécié. On retiendra qu’il a dit d’emblée combien il était justifié que Janusz Korczak, le grand éducateur héros des enfants, ait sa statue ici, au cœur de sa ville et de son pays. Il a ajouté aussi que lui, le Président, tout autant que le Maire qu’il avait été, s’il se réjouissait pour les jeunes générations que cet hommage lui soit enfin rendu, il regrettait qu’il ait fallu tant de temps pour y arriver.

« J. Korczak proclamait le Bien, le pardon, la tolérance, le dialogue social et le respect pour l’enfant. Si nous parvenons réellement à intégrer ces valeurs dans la vie sociale, à ce moment on pourra dire que le monument de Korczak aura un sens », a déclaré notamment Jadwiga Binczycka, la présidente de l’Association polonaise de J. Korczak. « J’espère que cet endroit deviendra magique, qu’il incitera les parents à y venir avec leurs enfants, et les enfants à y revenir avec leurs propres enfants », a dit Golda Tencer la directrice de la Fondation Shalom.

Après le dévoilement de la statue, sous les applaudissements et avec un lâcher de ballon, un spectacle théâtral de grande qualité, monté et joué par des enfants sur les textes de Janusz Korczak, a ensuite pris possession de la scène. Son titre était : « Quand un enfant sourit, le monde entier sourit ».

 

Histoire du projet

Jadwiga BinczynskaLe projet d’érection d’un monument pour Janusz Korczak à Varsovie date de la création du premier Comité polonais des Amis de Janusz Korczak juste après la guerre. Sa réalisation est le fruit de la persévérante action de Jadwiga Binczycka (ci-contre), présidente de l’Association polonaise Janusz Korczak, et de Golda Tencer, directrice générale de la Fondation Shalom, une organisation israélienne, américaine et polonaise de renom. Leur projet avait au départ deux exigences : compte tenu de la portée universelle de l’œuvre de Janusz Korczak et des valeurs qu’il incarne, il fallait que son monument soit érigé au cœur de la capitale polonaise et non pas dans un lieu excentré, et qu’il soit un hymne aux valeurs humanistes du grand éducateur et pas seulement une nouvelle évocation de sa fin tragique, qui caractérisait alors les divers hommages rendus à Janusz Korczak, tant en Pologne qu’à l’étranger.

Ce projet a fait l’unanimité et il a entraîné le soutien de nombreuses personnalités polonaises représentatives des arts, des sciences, de la culture et du monde politique. Un concours international a été lancé et en 2003, un jury a désigné le projet lauréat choisi parmi les projets de 29 artistes, celui de Bogdan Chmielewski (l’auteur) et Zbigniew Wilma (architecte). La recherche du financement s’est faite de diverses manières : trois concerts publics en 1999 et 2000, des enchères d’œuvres d’art et un appel international de dons. Mais c’est la Ville de Varsovie qui a apporté l’essentiel du budget nécessaire.

La première pierre avait été posée le 19 septembre 2003, au cours d’une belle cérémonie qui avait déjà réuni de nombreux enfants des écoles et des orphelinats portant le nom de Janusz Korczak dans le pays.

 

Le mouvement Korczak international

La foule de l'inauguration de la statue Korczak de varsovie, le 1er juin 2006

Un certain nombre d’anciens témoins et amis du Vieux Docteur et quelques-unes des associations du mouvement Korczak international avaient tenu à participer au moins symboliquement à la campagne de don[3] internationale, en réunissant parfois de nombreux dons modestes.

Le jour de l’inauguration, le mouvement Korczak international était représenté par les Associations Korczak polonaise, israélienne et française. La présidente de l’association polonaise, Jadwiga Binczycka, particulièrement à l’honneur, fut chaleureusement applaudie par la foule avant même de prononcer son discours, signe de sa notoriété. Marta Ciesielska, la directrice de Korczakianum, le Centre des archives internationales de Janusz Korczak, s’est exprimée à la tribune, de même que la représentante israélienne, Beata Gilad, venue avec Havka Avni, la responsable des Archives israéliennes de Janusz Korczak.

La délégation française était composée du coprésident de l’AFJK, Bernard Lathuillère et d’une dizaine de membres de l’association[4]. Notre présence a été saluée publiquement par Madame Binczycka, en même temps que celle de notre invitée venue de la République Démocratique du Congo : Christine Musaidizi, la cofondatrice de l’ONG Children’s Voice de Goma (en voyage d’études avec l’AFJK et l’UNICEF).

Le mouvement Korczak international pourra voir dans cet événement historique le début d’une bien tardive mais heureuse reconnaissance officielle du grand éducateur par sa ville et par son pays qu’il aimait tant. Une reconnaisance qui est aussi une invitation pour chacun à prendre ses responsabilités, comme le rappelait les organisateurs dans leur carton d'invitation avec cette citation de Janusz Korczak :

« Je ne suis pas là pour être aimé et admiré, je suis là pour agir et aimer. Ce n’est pas aux autres de m’aider, c’est à moi de prendre soin du monde et de l’humanité ».

AFJK, 30 juin 2006
(par Bernard Lathuillère avec le concours de Lidia Zywiolek Farrayan)

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Annexes

 

 

[1] Pourquoi si tard ?

Cette question est d’importance et elle appelle une réponse documentée et réfléchie. S’il a fallu si longtemps, alors même que Janusz Korczak est si connu en Pologne, au moins pour son engagement pour la défense et le respect des enfants, c’est qu’il n’était donc pas si « simple » que cela de lui rendre hommage.

Le discours de Janusz Korczak prenant toujours « le parti » de l’enfant, son appel à la responsabilité collective et individuelle à l’opposé de tout discours de système, sa double identité juive et polonaise, le caractère exemplaire de sa vie et de sa mort hors de toute influence religieuse juive ou catholique, telles sont sans doute les raisons qui ont pu (peuvent) le rendre difficile à comprendre où à accepter… Et c’est en cela que l’érection symbolique de ce monument au cœur de Varsovie et son inauguration au plus haut niveau de l’État ont été un moment significatif et émouvant.

De son temps, il est notoire que Korczak « dérangeait », mais cela convenait parfaitement à sa mission de Défenseur des enfants et c’était donc compris, ce qui ne veut pas dire admis (on se rappellera à ce sujet le témoignage de son ancien secrétaire et ami Igor Newerly). Que l’isolement de Korczak ait perduré après la guerre, tant sous le régime communiste que depuis la chute du mur, cela pose question, comme questionne aussi sa reconnaissance très tardive dans le reste du monde « libre » et dans les milieux universitaires, exception faite de l’Allemagne et des anciens pays de l’est, où l’étude de son œuvre a pris toute sa place dans l’histoire des Sciences de l’éducation.

Ne pouvant pas le faire dans le cadre de ce compte rendu, nous reviendrons ultérieurement analyser — et en débattre dans nos pages — les diverses « résistances » suscitées par Janusz Korczak, conscientes et inconscientes.

 

[2] La Journée internationale de l'Enfant

La tradition de célébrer une Journée internationale de l’Enfant le 1er juin date de 1949. C'est un héritage du régime communiste soviétique. L'initiative en reviendrait à la « Fédération mondiale des femmes démocratiques » qui avait choisi cette date pour célébrer la protection des enfants contre la guerre, l’injustice et la famine. L'idée avait été reprise par les autorités communistes des pays du bloc de l’Est, qui lui avaient donné une forte coloration politique.

En 1954, l’Assemblée générale de l’ONU a appelé tous les pays de célébrer une Journée de l’enfant populaire qui aurait pour but d'encourager la fraternité et la compréhension entre les enfants du monde entier et de promouvoir les actions en faveur de leur bon développement. La résolution de l'ONU stipulait que chaque pays était libre de la date lui convenant le mieux. EN 1989, toujours à l'ONU, l'adoption unanime historique de la Convention des droits de l'enfant (la CIDE) a ensuite instauré de facto la date du 20 novembre comme une journée internationalement dédiée à la défense des droits des enfants.

Il est notoire qu'avec le temps, la politique est passée au second plan et qu'aujourd’hui la Journée de l’Enfant du 1er juin à un caractère chaleureux, familial et très populaire dans les pays où elle est pratiquée, à savoir : Pologne, Tchéquie, Slovaquie, Russie et pays baltes. C’est un vrai jour de fête pour tous les enfants du pays qui sont partout et toute la journée particulièrement bien traités et couverts de cadeaux par les adultes, toute la société civile et les institutions.

C’est aussi la journée choisie pour la réunion du Parlement des Enfants dans les pays qui en ont un, comme la Pologne, qui fut le premier pays à l’avoir instauré, en même temps que la France.

La généralisation d’une telle fête positivement consacrée à l'enfance, en complément et non pas en concurrence de la journée internationale des droits de l'enfant fêtée le 20 novembre, pourrait être un apport intéressant des nouveaux arrivants à la construction européenne.

 

[3] La campagne de dons pour le monument de Janusz Korczak

Si le nom des donateurs est gravé dans des briques de cuivre au dos du monument, comme il est mentionné plus haut et comme on le voit sur les photos du diaporama, nous ne connaissons pas pour autant, à ce jour, la liste des généreux donateurs étrangers, impossible à relever sur place. La Fondation Shalom a annoncé qu’elle la rendrait publique en même temps que le budget de la construction du monument. Un journaliste polonais, par ailleurs critique sur les faibles résultats qu'aurait obtenu cette campagne, évalue le budget global à environ 200 000 euros.

Pour sa part, l’AFJK, n'ayant été sollicitée que très tardivement (début 2006), a pu participer sous la forme d’un don collectif d’un montant symbolique de 450 euros, avec les contributions personnelles de huit de ses membres (Patricia Boyer-Poirot, Colette Charlet pour sa maman Sura Szmulewicz, Boruch Chomski, Wieslaw Dabrowski, Évelyne Isvy pour sa maman Aline Brésin, Bernard Lathuillère, Daniel Leroy, Marguerite et feu Maurice Wajdenfeld et l'AFJK). Comme convenu, cette somme, comme tous les derniers dons reçus ont été affectés à l’organisation de la cérémonie d’inauguration, pour faciliter la venue d’un plus grand nombre d’enfants, ce qui fut parfaitement réalisé comme nous avons pu le voir.

À titre d'information, rappelons à nos concitoyens que nous avons en France un projet tout à fait équivalent sur le plan symbolique, en termes de promotion des valeurs universelles incarnées par le Vieux docteur. Il ne s'agit pas ici d'une statue, mais d'obtenir l'émission d'un timbre-poste français à l'effigie de Janusz Korczak ; il ne s'agit pas non plus de donner de l'argent, mais simplement d'envoyer une lettre de soutien au Service National du Timbre Philatélique (SNTP), comme expliqué sous le lien ; le résultat pourtant pourrait être tout aussi important par l'impact considérable des timbres-poste, que ne l'est, pour le peuple polonais, l'érection de ce beau monument au centre de sa capitale.

 

[4] Présence française

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Pour en savoir plus

D'autres comptes rendus, en anglais ou en polonais,
sont ou seront bientôt disponibles sur les sites Internet ci-dessous :

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Documentation

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Crédit photo

http://korczak.fr | http://roi-mathias.fr © Ass. Frse J. Korczak (AFJK), Paris
(Page créée le 3 juillet 2006, révisée le : 14-09-06)