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The Janusz Korczak International Society

La Lettre internationale Janusz Korczak
Ou : « Korczak n’est pas un Gourou »

Intervention au cours d'une Journée Korczak que nous avions organisé en mai 1999 en partenariat avec l’Université Paris 8. Nous avions invité nos collègues néerlandais à venir témoigner de l’histoire de la création de la JK Newsletter. Ils venaient d'en publier le quatrième numéro. Elle était diffusée par e-mail sur abonnement (soit en 2003, 40 euros pour l’AFJK).

Depuis lors, la diffusion de la lettre se poursuit de façon épisodique, une ou deux fois par an. Elle est devenue gratuite. Pour la recevoir, il suffit d'en faire la demande à partir du site/blog IJKnews sur « korczak.info », créé en 2007 où elle est ausi disponible en ligne. — Voir ici les derniers numéros de l'IJKnews Newsletter référencés en français.

Un mode de communication important

La Lettre Internationale de Janusz Korczak a été créée à l’initiative de l’Association néerlandaise Janusz Korczak. Je vais vous dire quand et pourquoi nous avons commencé à publier cette Lettre. Je veux aussi vous faire part de ce qui m’a poussé à faire ce travail. Je vous expliquerai ensuite la démarche du comité de rédaction de la Lettre Internationale.

 

Le point de départ

Tout a commencé quelque temps après le colloque international que nous avions organisé à Vierhouten en octobre 1995. Le thème : « Honneur à l’enfance » était centré sur la pratique et sur l’utilité des méthodes de Janusz Korczak aujourd’hui.

Il n’y a pas eu de longs discours. Tout le monde devait participer activement. Ainsi Theo Cappon (le président de notre association) annonçait dans son discours d’ouverture : « Nous vous avons invité car vous êtes tous impliqués auprès d’enfants et de jeunes et nous voulons que partagent ici leur expérience ceux qui travaillent et qui vivent des situations analogues ».

Et c’est ce qui se produisit. Tout le monde, en provenance d’Afrique, de Russie, du Brésil, d’Indes ou de France, a présenté son travail et ses expériences auprès des enfants. Ce fut une source d’inspiration pour tous les participants de pouvoir apprendre à connaître les professionnels et leur travail dans leur propre pays, chacun avec leur propre culture. Par exemple, les Brésiliens étaient venus avec quelques-uns des enfants des bidonvilles de São Paulo impliqués dans le projet « Jankor » : ils ont fait un spectacle sensationnel le dernier soir.

 

Motivation personnelle

Comme je faisais à l’époque des études de russe, on m’a demandé de traduire un écrit dans un atelier qui s’appelait « Écoute l’enfant qui est en toi ». Ce fut ma première approche des idées de Janusz Korczak. Je vais vous citer le docteur lui-même afin de vous faire comprendre de quoi il s’agissait :

« Les enfants pensent que les adultes n’ont besoin ni d’un père ni d’une mère, que seuls les enfants peuvent être orphelins. Mais c’est ainsi : plus les gens vieillissent, plus ils courent le risque de perdre leurs parents. Et… il arrive fréquemment qu’il ou elle éprouve le profond désir d’avoir une mère ou un père. Il ou elle réalise que seuls de bons parents sont capables d’écouter, de comprendre, d’aider, de conseiller, et, si nécessaire, de pardonner et de consoler. »

En quelque sorte, les adultes font aussi parfois l’expérience d’être orphelins. (Et pour élargir cette citation, disons qu’un adulte peut aussi se sentir orphelin même quand ses parents sont encore vivants).

Ces réflexions ont marqué un moment important de ma vie. Elles m’ont amené à étudier la psychologie après le russe, et à participer la Lettre Internationale en tant que membre du comité de rédaction.

 

Contact international

Quelque temps après le colloque, les participants néerlandais se sont rassemblés pour une évaluation. Il en est ressorti que le contact international devrait être entretenu, qu’il devrait y avoir plus d’échanges d’informations, de connaissances et de débats entre les associations Korczak à travers le monde. Le comité de rédaction de la Lettre Internationale a été créé le jour même.

En tant que comité de rédaction, nous avons demandé à nos amis des différentes associations Korczak de nous écrire à propos de ce qu’ils faisaient, de nous informer que ce qui avait été publié dans leur pays sur ou en rapport avec Korczak et enfin de nous faire part de leurs projets.

Ce fut agréable de voir les associations du monde entier réagir à notre appel ; et aussi fascinant de voir qu’elles pouvaient fonctionner si différemment, alors qu’elles avaient toutes comme source d’inspiration les idées d’un seul homme : Janusz Korczak.

 

En quelle langue ?

Le premier numéro est paru au printemps 1997. Il était en anglais, langue la plus internationale, sachant qu’il ne nous aurait pas été possible de traduire la Lettre dans la langue de chaque pays par manque de bénévoles et surtout de temps pour faire ce travail.

Nous en sommes maintenant à la quatrième édition. La Lettre est toujours en anglais.

Les Français ont exprimé le souhait de la voir un jour publiée simultanément aussi en français et en espagnol (la langue diplomatique et la 2e langue mondiale). Nous l’espérons aussi. Peut-être nos collègues français pourraient-ils collaborer eux-mêmes à ce projet, au moins pour l’édition française ?

Il s’agit bien d’une Lettre Internationale : pourquoi pas un comité de rédaction international ? La communication et la coopération internationales sont choses communes aujourd’hui.

 

Comment ça marche ?

Nous sommes satisfaits du fonctionnement de la Lettre. Dans le mouvement Korczak international, il n’y a pas d’organisation internationale mais un réseau composé de différents mouvements nationaux. La Lettre est devenue un moyen de communication important.

Je vais vous donner quelques exemples de son fonctionnement.

Surpris et encouragés de découvrir dans la Lettre l’initiative de l’Association française d’organiser à Paris un colloque sur Korczak et Paolo Freire qui venait de décéder en 1997, nos amis brésiliens se sont inspirés de la démarche et des travaux français et ils ont produit l’année suivante un important colloque, sur un mois, sur le même thème.

L’échange des savoir-faire est une autre fonction importante de la Lettre. Les Associations Korczak néerlandaise et russe ont beaucoup d’expérience en matière d’organisation de colonies de vacances inspirées des idées de Korczak. Tous les ans, des enfants handicapés ou non, avec ou sans leurs parents, se rencontrent dans le camp d’été de « Nasz Dom », organisés simultanément aux Pays-Bas et en Russie.

C’est en découvrant dans le n° 3 de la Lettre Internationale l’histoire de ces colonies que l’Association roumaine a fait le projet, proposé dans le n° 4 de la Lettre, d’un camp d’été korczakien près du château de Dracula. Les équipes néerlandaises et russes ont été invitées à venir les aider.

Il est rassurant de voir dans ce monde de globalisation, marquée par l’Union Européenne qui entraîne aussi d’autres problèmes, que le type de coordination apporté par notre publication crée une telle richesse et une telle solidarité.

 

Korczak n’est pas un nouveau gourou

Dans notre dernière édition, nous avons publié un encart avec des pages vertes. Elles sont destinées à accueillir des articles originaux et des idées nouvelles. Elles offrent un espace aux discussions et aux réactions aux divers contenus de la Lettre. Car la pensée de Korczak n’est pas la fin, mais le point de départ de nouvelles réflexions. Nous ne voulons pas d’un nouveau gourou ! Nous avons publié un essai de Nelianne de Boo (des Pays-Bas) : « Le Parlement des enfants » et une réaction à cet essai par Raymond Fonvieille : « Comment introduire Korczak dans les écoles aujourd’hui ? ». Comme Raymond Fonvieille l’a très bien dit : « Je ne parlerai pas de la réalisation des idées de Korczak, mais de leur extension ».

 

Éviter l’isolement

Enfin et surtout, nous voudrions insister sur le fait que nous ne voulons pas être un mouvement isolé. Il nous serait utile d’être en relation avec des personnes et des organisations qui pensent et travaillent en liaison avec l’œuvre vivante de Korczak dans différents secteurs tels que la psychologie, l’analyse politique, la protection de l’enfance, mais aussi au niveau de la culture en général. Ce serait un moyen d’élargir encore notre horizon. Le mouvement Korczak international doit pouvoir se faire mieux connaître et reconnaître. La Lettre Internationale pourrait être sa carte de visite. En même temps, chacun en son sein, nous devons poursuivre nos efforts d’ouverture et de communication et renforcer notre action.

En conclusion, nous vous invitons à participer en nous écrivant au sujet des projets ou des thèmes qui vous semblent importants. Nous apprécierons aussi toute aide à la diffusion de la Lettre (actuellement distribuée aux seules Associations Korczak nationales).

Geno van Breemen, Paris, 29 mai 1999
(Association néerlandaise J. Korczak).
Traduit de l’anglais par Frédérique Beuzon, 15/07/1999.
http://korczak.fr | http://roi-mathias.fr © Ass. Frse J. Korczak (AFJK), Paris
(Page créée le 20 avril 2004, revue le 10/02/09)