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Association Française Janusz Korczak (AFJK)

Témoignage d'un ancien pupille
de Janusz KORCZAK

Jacques DODIUK est arrivé en France en 1939, juste avant la seconde guerre mondiale. Il était venu rejoindre son frère et sa mère. Tous les deux ont été raflés et déportés et il fut le seul survivant de sa famille. C’est à Paris qu’il apprit bien plus tard la mort de Janusz Korczak qu’il considérait comme son père.

Dans l’orphelinat, Jacubek (comme on le surnommait), était un garçon dissipé et batailleur. Sa reconnaissance est sans limite car la bienveillance de l’encadrement et la discipline de l’orphelinat de Janusz Korczak l’ont aidé à s’adapter et à faire de son enfance la période la plus heureuse de sa vie. Devenu un maroquinier talentueux et apprécié, c’est tout naturellement qu’il a participé à la création et à la vie de l’association dès 1974, jusqu’à ses derniers jours.

Toujours disponible et souriant, Jacques Dodiuk n’a en effet jamais manqué une occasion de participer aux interventions de l’association pour apporter son témoignage et son soutien. Sa rencontre avec les étudiants ou le public, plusieurs fois l’an, était à chaque fois un moment fort, très émouvant de partage et de transmission. Grâce à lui, le public à chaque fois reconnaissant et ému, en découvrant le fonctionnement exemplaire de la Maison des orphelins, saisissait concrètement le message de paix, de tolérance et d’exceptionnelle humanité de Janusz Korczak.

Jacques Dodiuk s’est éteint paisiblement le 3 septembre 2004 à Paris [cf. In memoriam].

Portrait en 2002 Photo à l’âge de 15 ans, à Varsovie
[Photos-souvenirs de l’été 2004]

« Je suis né en 1920, dans un petit village qui s’appelle Alexandra, à deux cents km environ de Varsovie. Mon père est mort en 1922. Quand j’ai eu six ans, ma mère est venue vivre chez une de ses sœurs à Varsovie. Un jour elle m’a emmené à l’orphelinat du Docteur Korczak. Je me souviens que je m’y suis tout de suite senti très bien. Quelques jours plus tard, on m’a inscrit à l’école. J’avais huit ans.

À son arrivée, chaque nouveau pupille avait un tuteur qui s’occupait de lui pendant un an pour le mettre au courant du fonctionnement et des règles de vie à l’intérieur de l’orphelinat. Au bout d’un mois, il était soumis à un vote pour que les autres enfants expriment leur opinion à son sujet. À la fin de la première année, un autre vote lui attribuait une catégorie civique. Il y en avait quatre : « Nouveau venu désagréable » « Habitant indifférent » « Habitant » et enfin « Camarade » ou « Citoyen ».

En janvier de chaque année ceux qui voulaient se réhabiliter et passer dans une catégorie supérieure pouvaient faire appel au Tribunal de réhabilitation, composé de dix enfants et d’un éducateur, qui avait à la fois le rôle de président et de secrétaire.

Il y avait aussi le Parlement. Il comptait vingt députés qui représentaient l’élite. C’était un grand honneur d’y être élu par les enfants. Le Parlement confirmait ou rejetait les propositions du Conseil pédagogique, décidait de l’organisation de certaines fêtes et pouvait même se prononcer au sujet de l’admission d’un enfant à l’orphelinat ou de l’expulsion de ceux qui avaient commis des fautes très graves.

« L’institution la plus importante était le Tribunal des enfants, dont le docteur Korczak avait rédigé le Code. Il s’occupait des conflits et des principaux délits : injures, coups, vols, manquements à la discipline ou à l’exécution des corvées. Dans ces deux derniers cas, c’étaient les éducateurs qui portaient plainte contre les enfants.

L’accusateur se présentait devant Mme Stefa ou un moniteur pour faire enregistrer sa plainte. Le Tribunal se composait de cinq juges, âgés de 12 à 14 ans, dont les noms étaient tirés au sort parmi les enfants n’ayant pas commis de faute pendant une semaine.

Un éducateur participait au Tribunal comme secrétaire, sans droit de vote. Il annonçait les affaires à juger et inscrivait les verdicts sur un registre. Les condamnations étaient sans appel.

Le samedi matin, pendant la réunion générale, en présence de tout le monde, le docteur Korczak ou Stefa lisait à voix haute le journal parlé qui contenait le compte rendu de tous les événements de la semaine et où les verdicts du Tribunal étaient annoncés.

Des enfants pouvaient avoir eu jusqu’à cinq ou six affaires dans la semaine. Selon les articles qu’ils avaient eus, certains se mettaient à pleurer.

Le docteur Korczak avait également institué une boîte aux lettres réservée à la correspondance entre les enfants et les éducateurs, parce qu’il considérait qu’il était plus facile aux pupilles de s’exprimer par écrit que dans un face-à-face avec les adultes.

Une fois j’ai réussi à être juge. C’était un grand honneur mais j’ai également été jugé à plusieurs reprises. Une fois j’ai même écopé de l’article 800. Une autre fois, j’ai porté plainte contre un instituteur de l’école qui m’avait frappé la main avec une règle. J’étais indigné car à l’orphelinat les éducateurs ne nous touchaient jamais.

Madame Stefa alla parler avec le directeur de l’école qui me fit ensuite venir dans son bureau avec l’instituteur. On ne le revit jamais à l’école. »

Jacques Dodiuk, entretiens
© AFJK, 09/2000.

 

Pour citer cet article

Dodiuk, Jacques : « Témoignage d'un ancien pupille de Janusz KORCZAK » entretiens, inédit Association Frse J. Korczak, [en ligne sur korczak.fr]

http://korczak.fr | http://roi-mathias.fr © Ass. Frse J. Korczak (AFJK), Paris
(PPage créée en juin 2002 - Révisée le 06-09-04)