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Association Française Janusz Korczak (AFJK)

L’origine du pseudonyme de Janusz Korczak
Ou Comment Henryk Goldszmit est-il devenu Janusz Korczak ?

Il est notoire que le nom de « Janusz Korczak » est un nom de plume, choisi par le jeune Henryk Goldszmit au moment de se présenter à son premier concours littéraire. Cet article documenté nous en dit plus sur ses motivations et sur la culture polonaise à l’époque.

Il est le fruit d’une recherche de son auteur, à titre personnel, à travers les lectures de Korczak du temps de sa jeunesse, et de ses premiers écrits, inédits et difficilement accessibles, comme son tout premier journal rédigé tout au long de son adolescence : Confession d’un papillon.

Si on sait que le véritable nom de Korczak est Henryk Goldszmit, on sait moins que le choix de son pseudonyme est lié à l’histoire et à la littérature polonaises.

« Korczak » est l’appellation d’un ancien blason polonais qui remonte à 1390 et que l’on trouve dans les familles du sud de la Pologne mais aussi dans la Lituanie du XVe siècle (après l’union polono-lituanienne de 1386).

Ce n’était pas un nom d’aristocrate polonais mais un surnom.

Il existe cependant un personnage littéraire qui porte ce nom. C’est le héros d’un roman historique dont l’action se situe au XVIIe siècle, écrit par J. I. Kraszewski, écrivain polonais du XIXe siècle. Il est brave et généreux. Il combat avec courage les Turcs. Il triomphe de tous les obstacles et obtient à la fin la main de sa bien-aimée.

En 1898, [la revue] Kurier warszawski (Le Courrier de Varsovie) organise un concours littéraire pour les jeunes. Henryk Goldszmit, étudiant de 2e année de médecine, âgé de vingt ans, y envoie un drame en quatre actes.

L’écrivain polonais Igor Newerly, ancien secrétaire du docteur Korczak, décrit dans son livre les circonstances[2] :

« Alors qu’il passait des examens, en recopiant à la hâte sa pièce de théâtre intitulée Par où ? (Któredy ?), Henryk s’est souvenu qu’il n’avait pas encore élu un nom d’emprunt. Sur sa table de travail se trouvait à ce moment-là le roman de Kraszewski[1] Histoire de Janasz Korczak et de la belle-fille du chevalier porte-glaive, ce qui lui a donné l’idée de signer sa pièce de ce nom. Plus tard, le typographe assemblant les lettres des noms des lauréats du concours a commis une erreur dans le prénom. »

Ainsi J a n a s z Korczak est devenu J a n u s z Korczak. Ce fut la première distinction littéraire de Korczak.

 

Le choix du nom de personnage de Kraszewski était-il dû au hasard ?

Józef Ignacy Kraszewski (1812-1887) est l’auteur de romans historiques très connus en Pologne. D’après l’Histoire de la littérature polonaise, « Par ses romans et ses drames historiques, il rendit de grands services au peuple polonais voué par les occupants à l’ignorance de son grand passé… La censure tsariste l’empêchait de prendre ses sujets dans les époques les plus brillantes de l’histoire de son pays. Kraszewski avait pu donner cependant à ses lecteurs quelque idée de la vie d’autrefois… Il voulait en effet que l’écrivain fût un éducateur : ses romans de mœurs éclairaient utilement la société polonaise sur son état moral et sur les voies qui pouvaient l’amener à mieux vivre »[3].

En 1879 fut célébré à Cracovie le cinquantenaire de l’activité littéraire de Kraszewski. « Ce jubilé fut un triomphe pour l’écrivain qui était devenu peu à peu comme l’éducateur et le conseiller de la Pologne entière » — affirme l’auteur de l’Histoire de la littérature polonaise.

Korczak appartenait à une génération qui le lisait avec ardeur. Dans un récit écrit sous forme de journal intime intitulé Spowiedz motyla (Confession d’un papillon) et publié en 1914, il décrit ses impressions des lectures de La Rochefoucauld, de Victor Hugo, de Jules Verne, des poèmes d’Asnyk (poète polonais). Il y parle surtout de son attitude envers Kraszewski.

À la date de 15 janvier il note : « Il y a des moments où tout me dégoûte mais quand je pense que tous les grands hommes traversent des épreuves, je me sens moins seul. En ce moment, je lis la biographie de Kraszewski. Je vois dans sa vie la ressemblance à la mienne. »[4]

Après avoir lu Heurs et malheurs[5] de Kraszewski, Korczak note qu’un homme blessé se cache dans le coin le plus sombre comme un animal. D’un autre livre (Jaselka), il recopie la citation sur le bonheur, qui commence par : « Le bonheur c’est l’espoir et les rêves ».

Cependant le roman qu’il admire le plus est Le Sphinx[6]. Le 3 décembre il écrit à son propos : « C’est l’émotion la plus forte depuis ma lecture de Par le fer et par le feu[7]. Récemment, je ne te comprenais pas, Maître, et je disais que tu étais ennuyeux. J’étais si bête quand je portais ce jugement naïf, insolent et fou. Je te respecte, je t’aime et je t’adore. Tu es le Sphinx qui sait tant de choses ! […] Tu sais décrire l’âme humaine qui croit, doute et recouvre la foi. […] Quel beau tableau de Varsovie de cette époque-là et quelle belle description de Rome ! Maître, que ton ombre me protège ! »

Ces vœux de jeunesse, écrits d’une façon si exaltée, ont été d’une certaine manière exaucés. Le brave et généreux personnage de Kraszewski a accompagné toute l’œuvre littéraire de Janusz Korczak. Il a gardé ce pseudonyme jusqu’à la fin.

Barbara Sniadower,
juin 2003.

 

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Notes

[1] Historia o Janaszu Korczaku i pieknej miecznikównie (1875).

[2] Igor Newerly, Rozmowa w sadzie piatego sierpnia, Warszawa 1978, p. 105.

[3] Maxime Herman, Histoire de la littérature polonaise des origines à 1961, Paris 1963, p. 246-251.

[4] Janusz Korczak, Wybór pism, t. 2, Warszawa 1958, p. 73-91.

[5] Dola i niedola (1864), le roman de mœurs de Kraszewski, situé à la fin du 18e siècle. Il comporte une critique de l’aristocratie, jouant (par ennui) avec les sentiments des gens issus des classes sociales inférieures.

[6] Sfinks (1848) une image pleine de vie de la seconde moitié du 18e siècle en Pologne. Son héros est un peintre, qui séjourne à la cour royale, et fait ses études en Italie.

[7] Roman de Henryk Sienkiewicz.

 

Pour citer cet article

Siadnower, Barbara : « L’origine du pseudonyme de Janusz Korczak », inédit Association Frse J. Korczak, 2 p. [en ligne sur korczak.fr]

http://korczak.fr | http://roi-mathias.fr © Ass. Frse J. Korczak (AFJK), Paris
(Page créée le 30 juin 2003 - Révisée le 30/08/09)